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Thursday, February 22, 2007

Photojournalisme - Mémoire collective et photographie

Photojournalisme - Mémoire collective et photographie [févr. 07]



Le marché du photojournalisme est en pleine effervescence avec un produit de ventes en progression de 250% en 10 ans ! Cet engouement se manifeste avec force aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. Le photojournalisme à longtemps été considéré comme une pratique annexe au champ de l´art, de même que la photo scientifique ou ethnographique. Depuis les années 50, il a pourtant gagné ses lettres de noblesse via le World Press Photo, qui récompense chaque année les meilleures photographies de reportage, et via les diverses expositions qui ont validé leur valeur de témoignage et leurs qualités esthétiques. Les plus grands photo-reporters dont Cecil BEATON, Henri CARTIER-BRESSON, Robert CAPA, Raymond DEPARDON, Robert DOISNEAU, Walker EVANS, Dorothea LANGE ou Marc RIBOUD, ont témoigné de leur temps en saisissant des images sensibles dont le poids culturel est indéniable. A la valeur iconique des clichés et à l´engagement des photographes s´ajoutent généralement des considérations d´ordre esthétique (ultra définition de l´image, importance du cadrage, etc.) qui ont contribué à leur entrée dans diverses institutions culturelles.

Aux Etats-Unis, Walker Evans et Dorothea Lange, engagés par la Farm Security Administration durant le New Deal, ont magistralement témoigné de la misère rurale des années 30. Ils affichent une cote plus gonflée que celle des français et une ascension étonnante : la cote de Walker Evans a pris plus de 100% depuis 2005 et celle de Lange 200% depuis 2004 !
Le cliché le plus coté de l´histoire du photojournalisme est White Angel Bread Line de Lange, saisissant la situation alarmante de la crise américaine de l´entre-deux-guerres. Le 11 octobre 2005, la maison Sotheby's NY adjugeait l´épreuve 720.000 dollars (près de 600 000 euros). Le même sujet était proposé lors de la vacation Phillips, de Pury & Company NY du 19 octobre dernier mais le tirage daté vers 1955 n´a pas réitéré l´exploit et partit pour une estimation haute à 45 000 dollars (35 897 euros). Jusqu'alors, l'enchère la plus élevée de la photographe n'était que de 120.000 dollars pour Migrant Mother, Nipomo, California (22 octobre 2002, Christie´s NY). Ces adjudications records ne doivent cependant pas masquer le fait que 50% en moyenne des clichés (tirages tardifs) de Lange et Evans sont accessibles pour moins de 5 000 €.

L´américain d´adoption Robert Capa, qui fonda l´agence Magnum avec Cartier-Bresson, David Seymour et George Rodger, fut armé de son appareil photographique lors de la Guerre civile espagnole de 1936. Sur place, il a saisit sur le vif La Mort d´un soldat républicain, cliché qui fit le tour du monde pour devenir le symbole de cette guerre dans la mémoire collective. Malgré la notoriété de ce cliché, ses tirages postérieurs sont souvent ravalés. Les amateurs sont extrêmement sélectifs et préfèrent débourser entre 5 000 et 10 000 € pour un tirage d´époque plutôt que d´enchérir sur un tirage tardif qui perd la consistance historique du sujet.
Deux ans plus tard, Capa couvre la seconde guerre sino-japonaise pour Life, puis le débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944. Auprès des soldats, il a réalisé 119 clichés dont 108 furent détruits par la maladresse d´un laborantin de Life. Les maisons de ventes proposent régulièrement des épreuves du D-Day tirées entre 1960 et 1990. Celles-ci qui trouvent preneurs entre 3 000 et 7 000 € en moyenne. Etrangement, les enchères records de Capa ne sont pas détenues par des clichés témoignant de son engagement journalistique mais par deux autoportraits réalisés vers 1938 qui triplèrent leur estimation pour s´envoler entre 15 000 et 17 000 € en avril 2003 (Phillips, De Pury & Luxembourg, 25 avr. 2003, New-York).

Les prix de Cartier-Bresson ont amorcé une très nette progression depuis son décès en 2004. De nombreux amateurs se sont rués sur ses photos, si bien que le nombre de clichés invendus en ventes publiques est passé de 50% en 2002 à 10% en 2004. Si la majorité des transactions s´effectue dans une fourchette de 1000 à 5000 euros, les ventes de 2005 ont confirmé sa place dans les résultats records : Christie´s adjugeait On the banks of the Marne pour 110 000 dollars le 10 octobre 2005 (90 827 euros). La photo témoigne d´une scène pittoresque, un pic-nic au bord de la Marne, et reflète les mutations de la société française des années 1930. Le cliché date de 1938, soit deux ans après les premiers congés payés. Le tirage est pourtant postérieur (vers 1955) et les amateurs, exigeants dans ce domaine, recherchent en priorité les tirages vintage des années 30-50. La cote s´effondre pour un retirage des années 70 et 80 : comptez alors entre 4 000 et 7 000 euros.

Luxembourgeois émigré aux Etats-Unis, Edward Steichen fut directeur de la photo aérienne des forces alliées pendant la première guerre mondiale. Cependant, ses travaux portent essentiellement sur les portraits de personnalités (Garbo, Churchill, etc.) ou des mises en scène. Plébiscité par les américains, la majorité de ses œuvres s´échangeaient entre 1000 et 10 000 euros avant la hausse amorcée en 2005 (+240%). Le 14 février 2006, son Balzac de Rodin culminait à 550 000 dollars, signant son nouveau record (462 330 euros chez Sotheby´s NY). Ses photogravures suscitent moins d´enthousiasme. L´amateur peut acquérir ces « morceaux d´histoire » pour moins de 1000 euros. Aujourd´hui, la porosité des frontières entre reportage et photographie « artistique » s´est enrichit de quelques plasticiens s´intéressant de prêt au terrain journalistique. Citons par exemple : Sophie Ristelhueber, Paul Seawright ou encore Jean-Luc Moulène.

Photojournalism - Collective memory and photography [févr. 07]

The photojournalism market is booming. Turnover at auction has risen by more than 250% in 10 years, and the trend is strong in the USA, France and the UK. For many years photojournalism was considered a secondary form of art, much like scientific or ethnographic photography. Since the 1950s however it has become well established, partly thanks to World Press Photo, with its annual contest celebrating the year´s best journalistic photographs, and a number of exhibitions underlining the news photo´s dual role as documentary testimony and aesthetic artefact. The great names of photojournalism, Cecil BEATON, Henri CARTIER-BRESSON, Robert CAPA, Raymond DEPARDON, Robert DOISNEAU, Walker EVANS, Dorothea LANGE and Marc RIBOUD, all documented their times through sensitive images of undeniable cultural significance. Many of these are now finding their way into cultural institutions, prized for a combination of the iconic value of the shots and the photographers´ commitment, as well as aesthetic considerations (definition of the image, framing, etc.).

In the 1930s, Walker Evans and Dorothea Lange were hired by the US Farm Security Administration and produced a magisterial record of rural poverty during the New Deal. Their index has outstripped that of the French photographers in an astonishing rally: Walker Evans´s index has more than doubled since 2005 and Lange´s has tripled since 2004. The highest priced photojournalism picture ever is White Angel Bread Line by Lange, which captures the depth of America´s crisis between the wars. On October 11, 2005, Sotheby´s NY knocked down the print for USD 720,000 (nearly EUR 600,000). Another print of the same subject was offered at New York´s Phillips, de Pury & Company sale on October 19, but this one, from around 1955, failed to command the same interest and sold for its high estimate of USD 45,000 (EUR 35,897). Prior to that, the highest price paid at auction for a photograph was a relatively modest USD 120,000 for Migrant Mother, Nipomo, California (October 22, 2002, Christie´s NY). Despite these record sales, though, around half the Lange and Evans pictures that come up are later prints and can be bought for less than EUR 5,000.

Naturalised American Robert Capa, joint-founder of the Magnum agency along with Cartier-Bresson, David Seymour and George Rodger, carried his camera through the Spanish civil war in 1936. There, he captured live the Death of a Republican Soldier, an image that was picked up and reprinted worldwide and came to symbolise this war in the collective memory. Despite the picture´s fame, subsequent prints are often bought in. Photojournalism collectors are highly selective and would rather pay EUR 5,000 or EUR 10,000 for a contemporary print than bid up a print from a later historical period than its subject.

Two years after that, Capa reported on the second Sino-Japanese war for Life, before going on to record the allied landings in Normandy on June 6, 1944. Mingling with the soldiers, he took 119 pictures of which 108 were accidentally destroyed by an unfortunate Life lab worker. Auction houses regularly put up D-Day images printed between 1960 and 1990. These tend to find buyers for an average EUR 3,000 to EUR 7,000. Oddly, Capa´s records at auction were not set by images stemming from his committed journalism but by two self-portraits taken around 1938 that went for three times their estimate at EUR 15,000 to EUR 17,000 in April 2003 (at Phillips, De Pury & Luxembourg, April 25, 2003, New York).

Cartier-Bresson prices have risen sharply since his death in 2004. Enthusiasts rushed to buy his pictures and the rate of bought-in prints fell from 50% in 2002 to 10% in 2004. While the majority of transactions range between EUR 1,000 and EUR 5,000, his work generated record sales at auctions in 2005. Christie´s sold On the banks of the Marne for USD 110,000 on October 10, 2005 (EUR 90,827). The photo depicts a picturesque picnic scene along the Marne River and shows the changing French society of the 1930s. It dates from 1938, just two years after the French won the right to annual holidays. The print itself is a later version (1955), and collectors – who are demanding about print dates – tend to prefer vintage prints dating from between 1930 and 1950. Prices fall steeply for 1970s and 1980s reprints to between EUR 4,000 and EUR 7,000.

The Luxembourg-born American emigrant Edward Steichen was director of aerial photography for the allied forces during World War I. However, he spent most of his career working on portraits of well-known figures (Garbo, Churchill, etc.) and genre scenes. He is popular among Americans, and most of his works were selling for between EUR 1,000 and EUR 10,000 even before his index began a spectacular rally in 2005 (+240%). On February 14, 2006, his photo of Rodin´s Balzac reached USD 550,000 (EUR 462,330) setting a new record at Sotheby´s New York. Steichen's photo engravings are less popular. Collectors can buy a “piece of history” for less than EUR 1,000. Today, the boundaries between photo-reportage and art photography are becoming blurred, as visual artists such as Sophie Ristelhueber, Paul Seawright and Jean-Luc Moulène move onto what was previously considered journalistic territory.

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